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Les autres addictions comportementales

A côté des addictions les plus classiquement connues comme les toxicomanies, l’alcoolisme ou le tabagisme, liées à la consommation de substances psychoactives, il existe un autre champ de conduites addictives plus « silencieuses » : les addictions comportementales, appelées également addictions sans drogue.

Les addictions comportementales nous apprennent que ce n’est pas le produit qui définit l’addiction, mais la relation que l’individu entretient avec ce produit. Si le produit se définit, dans le cas des addictions classiques, par une substance psychoactive, il apparaît, d’une tout autre nature des addictions comportementales qui sont les suivantes :

* Une bibliographie spécialisée est proposée à chaque présentation d'un type d'addictions comportementales.

Les addictions comportementales sont le plus souvent associées à des troubles psychiques. Elles touchent toutes les classes sociales et toutes les catégories d’âge, depuis l’adolescent jusque la personne âgée. Leurs conséquences négatives s’attaquent à toutes les composantes de la vie quotidienne : familiales, sociales, professionnelles, financières.

Si les addictions comportementales constituent une spécialisation dans le champ des addictions, le Centre de référence sur le jeu excessif, traitant essentiellement des dépendances ou addictions aux jeux de hasard et d’argent et aux jeux vidéo, devient une hyperspécialisation de ce même champ. Or, en raison des liens qui peuvent être faits d’une addiction comportementale à une autre, il apparaît que l’intérêt porté à l'addiction au jeu n’a de sens que s’il s’inscrit dans une démarche plus globale comprenant l’ensemble des addictions comportementales.C’est la raison pour laquelle le Centre de référence sur le jeu excessif est la première composante du Département pour la recherche et la formation sur les addictions comportementales (DREFAC). Le DREFAC, amené à se développer, comprend également deux autres centres : Le Centre de référence addictions alimentaires et sportives et le Centre de référence dépendance affectives, sectaires et sexuelles.

Les addictions alimentaires

Le champ addictif des troubles des conduites alimentaires (TCA) comprend, l’anorexie, la boulimie, et, identifiées plus récemment, ses formes atténuées appelées compulsions alimentaires isolées (ou Binge). Ces troubles touchent plus fréquemment les femmes que les hommes.


Fréquence des troubles de conduites alimentaires

Les compulsions alimentaires isolées représentent les troubles des conduites alimentaires les plus fréquents, tant chez les hommes que chez les femmes. Parmi ces formes atténuées, la plus fréquente est le « binge eating disorder » qui se caractérise par des crises de boulimie mais sans le critère de fréquence de deux par semaine, ni les stratégies de contrôle de poids. Le binge eating disorder est fréquemment associé au surpoids et à l’obésité.
Avec l’adolescence, les manifestations atténuées de TCA augmentent. De 10 à 19 ans, les crises de boulimie peuvent concerner jusqu’à 28% des adolescentes et 20% des adolescents ; et les stratégies de contrôle du poids concernent 19% des filles, 8% des garçons de cette même tranche d’âge. Des études ont montrés que l’existence de formes atténuées de TCA à l’adolescence était un facteur de risque important de développement de troubles physiques et psychiques à l’âge adulte.

Les dépendances sportives

Si la pratique du sport est encouragée et valorisée par notre société, car « le sport, c’est bon pour la santé », il apparaît que, lorsqu’il est pratiqué de manière excessive, chez les sportifs amateurs et encore plus fréquemment chez les sportifs de haut niveau, le sport s’apparente à une conduite addictive.
En effet, l’addiction au sport s’installe progressivement lorsque l’individu n’est plus dans l’envie, mais lorsqu’il ressent un besoin compulsif irrépressible de pratiquer son sport, malgré les blessures et les souffrances du corps et malgré les avis limitants des médecins.
A travers l’hyperactivité physique, les sportifs recherchent des sensations de plaisir, des émotions fortes, et un sentiment de bien-être. L’investissement permanent, la constante préoccupation du dépassement de soi et la surenchère à la performance deviennent alors les enjeux  incontournables de la récompense.
Le mouvement permanent, répétitif, routinier, les métamorphoses du corps qui se développe (les muscles chez les athlètes de bodybuilding) ou qui s’atrophie (les caractères sexuels secondaires abrasés chez les jeunes filles gymnastes), l’appartenance à une communauté, en marge du reste de la société, chacun de ces facteurs participe au processus addictif lorsque la pratique sportive devient un véritable rituel, une raison d’être, un besoin vital.
L’hyperactivité physique peut également fonctionner comme antalgique, anesthésiant de la souffrance psychique. Le sport devient alors un refuge, un échappatoire, une solution d’évitement.
Sur le plan biologique, la pratique intensive du sport met en jeu un processus d’hypersecrétions d’hormones et neuro-médiateurs divers, parmi lesquelles la dopamine, secrétée lors des sensations fortes, mais aussi l’adrénaline, les endorphines, et bien d’autres molécules. A son insu, le sportif est dépendant de ces drogues internes produites par son propre corps.
Lorsque l’hyperactivité cesse, le sportif, en manque, va chercher des « flashs chimiques » à la hauteur de ce que lui a offert le sport pendant de longues années. La prise de substances psychoactives sera susceptible de devenir alors la réponse idéale pour pallier ces manques.

Les achats compulsifs

Les achats compulsifs désignent « un comportement d’achat incontrôlé et une tendance répétitive aux dépenses provoquant des conséquences négatives au niveau personnel, familial et social ».
L’acheteur compulsif est évoqué pour la première fois, au XIXe siècle par les psychiatres Emile Kraepelin et Eugen Bleuler qui ont insisté sur la notion d’impulsivité. Plus tard, les achats compulsifs seront classés dans le chapitre « trouble de la personnalité et du comportement » et sous la rubrique « troubles des habitudes et des impulsions ».
La prévalence de ce trouble varie entre 1 et 8 % (travaux américains et anglais publiés en 1992 et 2005). Toutes les études menées sur les achats compulsifs révèlent un taux de femmes plus important (de 74 à 93 %). La moyenne d’âge varie entre 30 et 40 ans et le trouble commence vers 18 ans.

60 à 100 % des acheteurs compulsifs présentent un autre trouble psychiatrique : troubles de l’humeur (entre 28 et 95 %), troubles anxieux (entre 41 et 80 %), troubles liés à l’utilisation de substance psychoactive (entre 21 et 46 %), troubles du comportement alimentaire (entre 15 et 35 %).

Cette pathologie a été rapprochée des troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) : les pensées autour des achats envahissent la vie des personnes. L’existence d’une mauvaise estime de soi a également été relevée.
La psychologie sociale a évoqué le fait que beaucoup de personnes déclarent se sentir exister plus intensément lors des achats compulsifs et que cela compense un manque sur le plan psychoaffectif. Ces troubles, qui n’existeraient que dans les pays développés, seraient en partie liés à des transformations économiques du comportement de consommation (facilité d’obtention de crédits, développement des galeries marchandes, des achats sur Internet, valorisation de la consommation dans les médias).
D’autre part, une insécurité généralisée pourrait expliquer que les plus jeunes se focalisent sur des biens matériels.

Des hypothèses neurobiologiques mettent l’accent sur la voie dopaminergique et le système de récompense à l’instar des autres conduites addictives et en particulier l’effet de la cocaïne (euphorie comparable). Des phénomènes évoquant le « craving » (envie irrépressible, caractère obsédant) ont été décrits.

La reconnaissance en tant qu’entité nosographique du trouble fait aujourd’hui consensus. Toutefois, il demeure encore insuffisamment dépisté et diagnostiqué. Peu de travaux scientifiques ont été menés sur cette pathologie. Il est nécessaire de les développer pour répondre aux questions suivantes : existe-t-il des facteurs de risque de développer le trouble ? Quelle est son histoire naturelle ? A quel cadre nosographique le rattacher ? Comment comprendre les liens avec les autres troubles psychiatriques, en particulier dépressifs ?

Les dépendances affectives

Les dépendances affectives correspondent à une forme de dépendance à « l’autre ». Nous y retrouvons la dépendance à la relation passionnelle, la drague compulsive avec partenaires multiples, ou encore les fixations compulsives sur un partenaire inaccessible. Quel que soit ses caractéristiques, la sexualité ne sera pas au premier plan : elle peut participer au maintien du lien de dépendance, mais toujours comme un moyen périphérique

Chez la plupart des hommes et des femmes, les folies ordinaires, passion amoureuse ou coup de foudre, échappent à la pathologie de la dépendance. Cette relation, merveilleuse à court terme, mais profondément égoïste, ne dure en principe qu’un temps, car invivable dans la réalité ordinaire. Elle reste un événement ponctuel, qui ne résulte pas d’une recherche compulsive, active et ne constitue pas une façon d’être répétitive, caractéristique des rapports aux autres.

En revanche, certaines personnes basculent vers le domaine pathologique soit avec des conduites de séduction à répétition, soit avec l’amour fusionnel, possessif, où l’absence de l’autre est insupportable.  Le but principal est la recherche d’un plaisir immédiat, l’apaisement d’une tension ou le comblement d’une insécurité. Chez ces personnes, l’assouvissement, quand il est atteint, est tellement apaisant, défoulant, relaxant, excitant qu’elles ont envie de revivre tout le processus du début jusqu’à la fin. Pour ces personnes, il y a un effet d’accoutumance qui nécessite d’augmenter la dose pour obtenir le même effet. Si cela n’est pas possible, la relation va très vite se dégrader. La rupture est consécutive à sa « banalisation », au manque et à l’angoisse qui accompagne toute dépendance.

«  Je ne vis qu’a travers lui. Il n’a pas le droit de vivre sans moi. J’ai besoin d’être en permanence avec lui... »

« Je ne suis rien toute seule. Et comme j’ai besoin de ma dose de câlins, je lui fais des scènes pour qu’il s’occupe de moi... »

« Je  suis fou de la femme que je n’ai pas ; quand je l’ai, je suis déçu, j’en cherche une autre... »

« Je passe mon temps à chercher des femmes qui m’aiment comme je veux ; autrement, je me sens rejeté...».

A travers ces expressions, les personnes dépendantes affectives montrent que le partenaire, les sentiments et la relation amoureuse sont traités en objet de  « sécurisation » immédiate.

Besoin vital de passer à l’acte, nécessité de répéter le processus quand il est parvenu à son terme, envahissement de la vie quotidienne, fragilisation de la vie affective, manque qui fait suite à toute conquête réussie, perte de contrôle de soi, la relation affective s’apparente alors à une drogue. Faut-il pour autant parler d’addiction ? La question est encore très discutée et le champ de recherche peu exploré.

Les dépendances sexuelles

Dans le cadre général des addictions, les addictions sexuelles ont pris une place particulière liée aux différents paramètres qui s’y rattachent tant sur le plan sociologique (la morale, les effets de mode…), sur le plan clinique et thérapeutique.
Pour J.P. Schneider, lorsqu’un comportement sexuel compulsif se produit en dépit des conséquences négatives, nous sommes en présence d’une addiction sexuelle.
Dans les dépendances sexuelles, le sexe est le remède à tout : il sert à calmer une angoisse, à se punir, à se valoriser, à fuir, à rechercher des sensations fortes, à remplir un vide, à régler ses comptes avec l’autre…
Le concept de dépendances sexuelles a été décrit à la fin des années 70 par Patrick Carnes, un psychiatre américain. Plus tard, J. Mac Dougall, psychanalyste a parlé de « relations addictives avec une demande constante de la présence de l’autre ou d’une sexualité addictive où l’autre est réduit à un objet partiel ».
Pour certains auteurs, la fréquence du trouble pourrait atteindre 5 à 6 % de la population. Toutes les tranches d’âge sont concernées et elles touchent davantage les hommes que les femmes. Les paraphilies (voir ci-dessous) sont plus fréquentes chez les hommes et débutent pour plus de la moitié avant l’âge de 18 ans.

Les comportements sexuels addictifs se classent en deux catégories :

  • Les comportements sexuels anormaux ou paraphilies : impulsions sexuelles et fantaisies imaginatives sexuellement excitantes, répétées, intenses, envahissantes (pendant au moins 6 mois), elles interfèrent sur l’intimité sexuelle, la réciprocité de la relation affective. Les paraphilies les plus fréquemment apportées sont : l’exhibitionnisme, le fétichisme, le frotteurisme, le travestisme, le voyeurisme… Il n’y a pas uniquement une recherche de plaisir immédiat mais aussi une grande souffrance après le passage à l’acte.
  • Les troubles sexuels non spécifiés : comportements et intérêts sexuels acceptables pour notre culture mais augmentés de manière compulsive en intensité et en fréquence. On retrouve par exemple la masturbation compulsive, la cyberaddiction, la sexualité par téléphone, la pornographie, utilisation d’accessoires sexuels… se trouve également les relations répétitives, avec une succession de partenaires, considérés comme des objets interchangeables… Après l’acte sexuel, les personnes ont un sentiment de solitude et de détresse.

Les principales compulsions affectives et sexuelles se caractérisent par :

  • le besoin pathologique de passer à l’acte
  • la relation de dépendance passive ou active entre soi et l’objet d’addiction
  • le besoin de contrôle de soi et de l’objet pour éviter de prendre des risques et de se laisser aller
  • la répétition boulimique : les conséquences agréables ou désagréables donnent envie de recommencer
  • le fonctionnement en tout ou rien : soit l’objet de dépendance remplit les attentes et provoque l’apaisement, soit il ne comble qu’une partie des besoins il est alors perçu comme insécurisant et mauvais
  • il n’y a pas d’autre solution face à l’envie de passer à l’acte que le passage à l’acte
  • il y a un sentiment de manque systématique si l’acte n’est pas effectué
  • il y a un sentiment de bien-être mais à court terme
  • il n’y a pas de sentiment d’existence propre, il faut toujours rester attaché à l’objet
  • il y a une altération à la relation aux autres et à l’environnement.

La prise en compte des dépendances sexuelles n’est pas très développée. Pourtant elles génèrent chez les patients une souffrance psychique qui peut être sévère pour eux-mêmes et pour leur environnement. Les tentatives de contrôle du comportement sexuel amènent des symptômes de sevrage (dépression, anxiété…). Il existe un accroissement des risques encourus ainsi qu’un allongement du temps consacré aux préoccupations sexuelles au détriment de la vie socioprofessionnelle du sujet et en dépit des conséquences négatives (perte d’emploi, divorce, plaintes, contamination par VIH…).

Les dépendances sectaires

Répondre à un questionnaire de personnalité, une offre de soins alternatifs ou de stage de développement personnel : autant de portes d’entrées possibles et d’allure parfois anodines dans la nébuleuse sectaire. Autant de facettes d’un phénomène caractérisé par son polymorphisme, sa rapidité d’évolution. En France environ 500 000 personnes sont concernées, dont 160 000 adeptes et 60 000 à 80 000 enfants. Même si elle ne peut être mesurée avec exactitude, la dynamique sectaire est importante et en augmentation mondiale.

Derrière son apparente variété, des lignes de force communes se révèlent dans la mécanique de l’adhésion des sujets, du maintien d’une forme de dépendance, qualifiée de sujétion par le législateur.
Individu, groupe, et gourou constituent le socle relationnel qui sera alimenté par une idéologie en construction permanente, dont l’étude permet souvent d’en dégager l’aspect coercitif. On repère ainsi classiquement trois phases évolutives dans le parcours individuel d’un adepte de secte : séduction initiale, régression, puis conversion qui pourra être lourde de conséquences pour le sujet amené à s’engager toujours plus massivement pour la secte, témoignant de l’importance de la réorganisation psychique et de l’intensité des boucles d’autorenforcement à l’oeuvre. Cette relation de dépendance pourra se poursuivre durablement, et les témoignages d’ex-adeptes abondent pour souligner leur position de victime de processus de l’ordre de l’emprise et de l’escroquerie débordant le cadre financier, atteignant l’intégrité physique et psychique.

En fonction de quels facteurs certains individus sont devenus adeptes, puis sortis de secte ? Quelles positions l’entourage familial peut-il adopter ? Comment un groupe social à l’identité forte dérive vers un authentique groupe sectaire ?
L’analyse des caractéristiques du développement de cette dépendance particulière constitue la base de la démarche de recherche psychiatrique récente. Du niveau neurobiologique au psychosocial, l’amélioration des connaissances sur leurs spécificités ouvre des voies de prévention et de soins adaptés.

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L'Association Addictions Prévention Formation Recherche (AAPFR) - Nantes

L'Association a pour objet :

  • de susciter et organiser des actions de prévention, formation et recherche à propos des conduites addictives dans leur diversité
  • de promouvoir et organiser des rencontres avec les professionnels concernés dans les différents champs de l'addiction (alcoologie, toxicomanies, tabacologie, troubles du comportement alimentaire, addictions et sport, jeu pathologique, tentatives de suicide à répétition du sujet jeune)
  • de mettre en place des dispositifs d'accompagnement et d'étayage pour des patients addictifs : activités d'expression, appartement de transition, séjours...
  • En savoir plus : le site internet http://www.addictions-aapfr-nantes.fr

2 juillet 2010