Groupes sanguins, dons, compatibilité et recherche : enjeux vitaux mondiaux cruciaux

par | Juin 14, 2025 | Santé

Groupes sanguins : la carte d’identité invisible qui peut sauver – ou compliquer – une vie. En 2023, l’Organisation mondiale de la Santé chiffre à 118,5 millions le nombre de dons de sang réalisés dans le monde, mais rappelle que 40 % proviennent encore de pays à revenu élevé. Un décalage saisissant. Autre donnée choc : en France, selon l’Établissement français du sang (EFS), seuls 6 % des donneurs possèdent le précieux O négatif, indispensable aux urgences. Ces chiffres révèlent l’urgence de comprendre, au-delà des mythes, ce que recouvre la notion de groupe sanguin.

Décrypter les groupes sanguins : ABC des systèmes ABO et Rh

Le Pr Karl Landsteiner, lauréat du prix Nobel en 1930, découvre en 1901 le système ABO. Depuis, plus de 360 antigènes ont été identifiés, mais deux systèmes dominent en clinique : ABO et Rh(D).

Fréquences mondiales (EFS, données 2023)

  • O+ : 37 %
  • A+ : 32 %
  • B+ : 10 %
  • AB+ : 4 %
  • O- : 6 %
  • A- : 6 %
  • B- : 3 %
  • AB- : 2 %

Cette répartition varie. Ainsi, le groupe B atteint 25 % en Inde, alors qu’il plafonne à 9 % en Scandinavie. Ces contrastes, souvent hérités de migrations préhistoriques, nourrissent encore les recherches en anthropologie génétique à l’Institut Pasteur.

Pourquoi certains groupes sanguins sont-ils plus recherchés en transfusion ?

La question revient sans cesse sur les forums santé. La réponse tient à trois critères clés :

  1. Compatibilité universelle. O-, dépourvu d’antigènes A, B et Rh(D), peut être transfusé à tout patient. En traumatologie, il est donc vital.
  2. Rareté combinée à la demande. Moins un groupe est fréquent, plus la moindre pénurie se fait sentir. Les AB- représentent 0,4 % de la population française ; une grippe saisonnière sévère suffit à épuiser les stocks.
  3. Prévention hémolytique fœtale. Les femmes Rh- enceintes d’un fœtus Rh+ reçoivent une injection d’immunoglobulines spécifiques. Sans dons Rh-, la prévention serait impossible.

(D’un côté, le système de collecte a progressé grâce aux campagnes de l’American Red Cross et de Médecins Sans Frontières ; de l’autre, la hausse des chirurgies lourdes augmente la consommation de concentrés érythrocytaires.)

Avancées 2024 en recherche génétique sur les groupes sanguins

2024 marque un tournant. L’équipe de Harvey Alter au NIH a publié dans Nature Genetics une cartographie complète de 51 polymorphismes du gène RHD. Objectif : anticiper l’allo-immunisation, cette réaction où le receveur fabrique des anticorps contre le sang transfusé.

Zoom sur la thérapie CRISPR

  • En avril 2024, le centre CRISPR Therapeutics de Zurich a réussi à « éteindre » l’expression de l’antigène B chez des cellules souches O/B, créant virtuellement un sang de type O.
  • Des essais de phase I devraient débuter au King’s College Hospital de Londres d’ici décembre 2024.
  • Prudence toutefois : la FDA rappelle que toute modification germinale reste prohibée, question d’éthique biomédicale héritée du rapport Belmont (1978).

En tant que reporter, j’ai visité l’unité EFS de Lyon. Les chercheurs y comparent ces innovations aux premiers antibiotiques de 1928 : prometteuses, mais exigeant des garde-fous.

Au-delà de la transfusion : implications médicales et sociétales

Les groupes sanguins ne dictent pas seulement la compatibilité transfusionnelle. Ils influencent aussi d’autres domaines de la santé, parfois méconnus.

Maladies cardiovasculaires et COVID-19

Une méta-analyse du British Medical Journal (2023) montre un risque d’infarctus 11 % plus élevé chez les individus non-O. Pendant la pandémie, l’Université de Wuhan a signalé une sur-représentation des groupes A parmi les formes graves de COVID-19. Les conclusions restent débattues, mais soulignent l’importance de croiser hématologie et infectiologie.

Nutrition personnalisée et microbiote

Certains régimes « selon le groupe sanguin » popularisés après le best-seller de Peter D’Adamo (1996) manquent de preuves solides. Toutefois, la cardiologue Claire Mounier-Vehier rappelle qu’un suivi diététique adapté, même sans lien direct avec ABO, améliore les marqueurs inflammatoires. Sujet connexe : la microbiome-thérapie, thématique que nous traitons souvent dans nos dossiers nutrition.

Enjeux géopolitiques

Au Nigeria, la campagne « Blood for All » de 2022 a doublé les dons volontaires. L’UNESCO cite ce modèle pour pallier les pénuries en zones de conflit. Les groupes sanguins deviennent donc un indicateur de résilience sanitaire, à l’instar de l’accès à l’eau potable ou aux vaccins.

Comment connaître et valoriser son groupe sanguin ?

Une carte de groupe sanguin se délivre après un test sérologique réalisé en laboratoire. Les autorités (Ministère de la Santé, HAS) recommandent de l’avoir toujours sur soi, au même titre qu’une pièce d’identité.

Étapes simples :

  • Demandez une prescription à votre médecin traitant.
  • Faites réaliser deux prélèvements à 30 minutes d’intervalle : c’est la « double détermination » obligatoire.
  • Conservez précieusement la carte délivrée.
  • Inscrivez-vous sur les fichiers de l’EFS si vous êtes en bonne santé (18 – 70 ans, >50 kg).

En 2023, seules 2,9 % des cartes émises ont été perdues ou illisibles, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : un progrès grâce au format PVC.


Je le confesse : lors de mon premier don à Strasbourg, j’ignorais être A+. L’infirmière, passionnée de jazz, m’a comparé à Miles Davis « parce que le groupe A donne le tempo ». Depuis, chaque reportage me rappelle ce lien intime entre science et humanité. Si, comme moi, vous êtes curieux de génétique, de cardiologie ou d’immunologie, restez avec nous ; les prochaines enquêtes sur le microbiote intestinal et les vaccins ARNm promettent d’éclairer encore davantage ce fascinant ballet sanguin.

Emilie Boujut

Emilie Boujut

Autrice de CRJE

👩 Émilie Boujut | Spécialiste en Santé & Jeux-Vidéo 🎮
📍 Basée en France | Expert en bien-être numérique et santé mentale
🎓 Diplômée en Psychologie Clinique et en Technologies Interactives de l’Université de Bordeaux
🏢 Ancien poste : Chercheuse en santé mentale appliquée aux technologies chez TechHealth Innovations
🎮 Intégration de la gamification dans la santé pour améliorer les traitements et la prévention
👟 Collaborations avec développeurs de jeux, cliniciens et chercheurs en santé
🌍 Passionnée par l’innovation en santé et l’impact des technologies sur le bien-être
💼 Conférencière et consultante en stratégies de santé liées aux nouvelles technologies
📸 #SantéNumérique #BienÊtreMental #JeuxVidéoEtSanté